Quand le Chari déborde : drame humain et commerce illégal

Article : Quand le Chari déborde : drame humain et commerce illégal
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28 octobre 2020

Quand le Chari déborde : drame humain et commerce illégal

« L’eau, c’est la vie ; l’eau, c’est la mort »…

Comme on a coutume de le dire, les mots révèlent parfois une ambivalence. Avec la montée des eaux du fleuve Chari, les frontières deviennent incontrôlables pour les autorités tchadiennes. Cette crue entraîne des pertes en vies humaines, touchant particulièrement les enfants et les personnes vulnérables, y compris celles en situation de dépendance.

Les fleuves sont des moyens de transport et des sources vitales pour l’homme. Mais ils représentent un danger inquiétant pour les enfants et les personnes dépendantes, qui quittent leurs quartiers à la recherche d’un endroit calme et paisible. Beaucoup finissent par y perdre la vie, faute de savoir nager ou sous l’effet des drogues. Ces substances, communément appelées dans le jargon tchadien « bérets rouges », « tramol », « yal Barça », etc., aggravent leur vulnérabilité face aux risques des eaux. Les cas de noyade se sont multipliés ces derniers temps sur les rives du fleuve Chari à N’Djamena, dans des circonstances diverses.

Warga, un jeune consommateur de stupéfiants, témoigne :

« C’est difficile d’expliquer ce phénomène de drogue que nous consommons chaque jour. Moi, personnellement, l’année dernière à Nguéli (ville frontalière entre le Tchad et le Cameroun), je suis tombé en plein milieu du fleuve alors que je me lavais. Si ce n’était pas grâce aux blanchisseurs et aux piroguiers, je ne serais pas en vie aujourd’hui. Vous savez, ces stupéfiants assèchent rapidement la gorge et provoquent une forte déshydratation. C’est pour cette raison que nous allons souvent au bord du fleuve pour prendre l’air. Mais parfois, on peut avoir des convulsions violentes, même si elles sont de courte durée. Et si cela arrive dans l’eau… oh là là ! »

Même si ce n’est pas le cas pour tous, la plupart des victimes sont des personnes sous l’emprise de drogues. Ce phénomène est particulièrement récurrent en saison des pluies, avec un nombre de décès plus élevé qu’en saison sèche. En période de crue, les riverains sont exposés à des dangers supplémentaires, notamment la présence d’animaux susceptibles de leur coûter la vie, tels que des reptiles, des hippopotames ou des crocodiles. Pourtant, ces risques ne les effraient pas autant que les menaces constantes des policiers et des gendarmes, qui les harcèlent sous divers prétextes.

Le trafic clandestin des marchandises entre le Cameroun et le Tchad

La crue des eaux a multiplié les voies de trafic pour les commerçants. Les autorités compétentes ne parviennent pas à contrôler tous les points d’entrée et de sortie en cette saison des pluies, en raison de la diversité des destinations. Malgré la fermeture officielle des frontières à cause de la pandémie de Covid-19, le trafic clandestin n’a pas diminué ; il est même devenu un véritable business pour certains responsables.

Les marchandises concernées par ce trafic clandestin sont généralement le charbon de bois, l’essence, du matériel informatique, des produits textiles et bien d’autres articles. Certains commerçants préfèrent attendre la saison des pluies pour intensifier leurs activités, car la crue des eaux rend le contrôle des autorités le long du fleuve presque impossible. Face à cette situation, le gouvernement a mis en place des hors-bords anti-fraude, opérationnels 24h/24.

La crue du fleuve Chari a des impacts directs et indirects sur les enfants, les personnes dépendantes et les femmes commerçantes. À l’inverse, cette montée des eaux profite aux pêcheurs et aux hommes d’affaires pendant cette période, en attendant la décrue. On peut alors s’interroger : ce trafic clandestin n’a-t-il pas de conséquences sur la population, notamment avec des produits périmés ou de qualité douteuse ?

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