Agriculteurs et éleveurs : une crise silencieuse des campagnes

Article : Agriculteurs et éleveurs : une crise silencieuse des campagnes
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24 janvier 2021

Agriculteurs et éleveurs : une crise silencieuse des campagnes

Les conflits récurrents entre agriculteurs et éleveurs au Tchad inquiètent l’ensemble de la population et compromettent les règles de la cohabitation pacifique. Ces affrontements intercommunautaires ont déjà causé de lourdes pertes humaines et matérielles ces dernières semaines. Il est temps que la population prenne conscience de la gravité de la situation et que le gouvernement assume pleinement ses responsabilités.

Le Tchad est un pays à vocation agropastorale. Son climat et sa végétation attirent depuis longtemps les éleveurs vers les zones de transhumance situées au centre et au sud du pays. Mais ces déplacements sont à l’origine de conflits opposant les éleveurs nomades aux agriculteurs sédentaires. Ces derniers accusent les premiers de saccager leurs champs. Faute de justice, les deux camps s’en prennent l’un à l’autre, ce qui se termine souvent par des pertes humaines. Cette crise continue ainsi de progresser, presque à l’aveugle, dans certaines provinces du Tchad.

Ces conflits sont fréquents dans plusieurs provinces, notamment dans les deux grands Mayo-Kebbi, le Tandjilé, le Logone occidental et oriental, ainsi que le Mandoul. Ces zones constituent les principaux foyers des affrontements entre agriculteurs et éleveurs. À mon avis, ces conflits sont devenus une véritable maladie endémique, comparable au paludisme.

Les généraux et gouverneurs, causes des conflits agriculteurs-éleveurs au Tchad

Les administrateurs civils et militaires sont souvent considérés comme l’une des causes majeures des conflits entre éleveurs et agriculteurs dans presque toutes les provinces du Tchad. Chaque fois qu’un conflit éclate, les éleveurs se présentent armés et commettent des carnages. Face à cette crise sociale, certaines autorités prennent parti et ne font pas régner la justice. Pour elles, c’est la loi de la jungle : le plus fort a toujours raison. Alors, où est la justice ?

Lors des interventions des forces de l’ordre, chaque camp avance ses arguments. Les éleveurs affirment que les cultivateurs devraient surveiller leurs champs jour et nuit, car ils occupent tous les espaces de pâturage. Les agriculteurs rétorquent que les champs ne se déplacent pas et accusent les éleveurs nomades de dévaster volontairement leurs cultures.

Pourtant, le gouvernement a tracé des couloirs de transhumance afin d’éviter la répétition des conflits entre les deux communautés. Des textes juridiques sanctionnent tout contrevenant qui ne respecte pas ces lois en vigueur, destinées à réguler la transhumance. Hélas, ces lois restent souvent lettre morte, tandis que la réalité sur le terrain est tout autre.

Si ces conflits entre éleveurs et cultivateurs persistent encore aujourd’hui au Tchad, c’est aussi parce que certaines autorités sont complices et en tirent profit. Un paysan se pose alors la question :

«Une question est restée sans réponse, et la voilà :

Qui donne les armes de guerres aux éleveurs ?

À qui appartiennent ces animaux ? ».

Par ce billet, j’invite le peuple tchadien à s’impliquer réellement dans la résolution de cette crise sociale et à comprendre que l’importance des relations entre agriculteurs et éleveurs ne se limite pas aux conflits. Elle repose surtout sur des rapports socio-économiques essentiels pour l’avenir du pays.

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